L’incivilité des fantômes – Entre incompréhension et vide

Bonjour ! Je vous présente aujourd’hui un roman qui ne m’a pas parlé du tout, que je n’ai pas compris. Suis-je passée à côté ?

L’auteur.e

Rivers Solomon, né.e aux États-Unis en 1989, est un.e écrivain.e américain.e non-binaire, associé.e à la science-fiction et à l’afrofuturisme. Iel est une personne transgenre qui vit désormais en Grande-Bretagne. « L’incivilité des fantômes » est son premier roman. Rivers Solomon est diplômé.e en études comparatives raciales et ethniques à l’Université Stanford, ainsi qu’en écriture créative au Michener Center for Writers de l’Université du Texas à Austin. En parallèle à son travail d’écriture, iel est consultante (« sensitivity reader ») auprès d’autres écrivains qui abordent des sujets sensibles, tels que la couleur de peau ou le handicap. Non-binaire, iel utilise en anglais pour parler d’iel le pronom pluriel « they », qu’on pourrait traduire par « iels ». L’emploi du genre neutre étant compliqué en français, elle accepte l’usage du féminin. Iel est atteinte de troubles autistiques.

En bref

  • Genre : Science-fiction
  • Sortie : 2020
  • Nombre de pages : 508
  • Editeur : J’ai LU
  • Résumé de l’éditeur : Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

Mon avis

Quand un livre et un lecteur ne se rencontrent pas

Il est de ces livres où le sujet vous échappe complètement, où la forme et le fond paraissent si éloignés l’un de l’autre que les saisir vous semble improbable, à moins de plonger dans la tête dérangée de l’auteur. L’incivilité des fantômes est de ceux-là : le mystique, la religion et la science-fiction s’invitent pour nous donner à lire une aventure douloureuse, où les personnages malaisants et perturbants ne nous touchent pas vraiment. Il est difficile de les comprendre, ils restent comme hermétiques, peu enclins à partager leurs émotions et à partager leurs cheminements intérieurs.

Leurs manières de s’exprimer, leurs préoccupations, leurs histoires et leurs désirs restent parqués à des milles de notre cœur, déjà bien trop englué dans la masse noire dépeinte par le roman, qui nous enveloppe de son animosité et de son atmosphère déprimante, angoissante. Les douleurs des héros restent les éléments les mieux définis mais nous assaillent tant qu’il est nécessaire de fermer le livre pour mieux respirer et reprendre contenance. Les termes crus, familiers, en argots ou d’un autre temps, se mélangent pour définir les catégories sociales, et nous rappellent à quel point ces personnages sont pauvres, oubliés du pouvoir en place, et sans espoir de vivre dans un monde meilleur. Les métaphores du mal, de la crasse et de la douleur défilent sans discontinuer sans nous laisser de répit.

Une atmosphère bien trop perturbante et malsaine

L’auteur instille de l’espoir, pour ensuite le tuer dans l’œuf. Cette balance infernale donne la nausée, aggrave les émotions néfastes que le récit transmet et crispe le lecteur. En plus, les dialogues à rallonge et plats tournent en rond. Les personnages s’avèrent difficiles à saisir, alors que les chapitres les plus édifiants et intéressants n’arrivent que dans les dernières pages, des chapitres où les personnages prennent enfin toute la place qu’ils méritent, des chapitres où ils s’expriment dans toute leur puissance. Mais bien trop tard…

Une intrigue principale qui n’a plus aucun sens

Certains passages ralentissent inutilement l’intrigue, comme ceux qui nous racontent le passé d’une héroïne qui ne nous atteint plus depuis longtemps. Un suspense intenable et mal dosé qui ne fait que nous frustrer, nous donnant l’envie de tourner les pages pour enfin toucher le point sensible de l’intrigue principale. Celle-ci se distille à trop de niveaux, perd de sa substance première et nous perd, littéralement. Les discours métaphysiques et religieux reprennent de la place, nous questionnent, et ne semblent pas trouver de réponse satisfaisante. Les non-dits et les sous-entendus s’accumulent sans que la fin du roman ne nous aide véritablement à comprendre. Le message de l’auteur nous passe par-dessus la tête, et c’est vraiment dommage.

Les personnages asociaux et atypiques manquent cruellement d’émotions pour que l’on s’y attache. Tels des robots, ils s’expriment sans nuance, presque avec automatisme et raideur. Le lecteur se détache de leurs soucis, de leurs souffrances et reste simple spectateur d’une histoire qui part dans tous les sens. L’intrigue principale, d’abord dystopique et prenante, tombe à plat. Le combat contre le pouvoir n’intéresse plus, finit par lasser. Le roman décrit des tranches de vie, des instants simples qui auraient pu suffire à eux-mêmes si les personnages avaient été captivants.

Des montagnes russes

Le côté science-fiction se perd de vue à de multiples reprises, tant le récit se focalise sur les vies étranges des héros. De temps à autre, l’âme du vaisseau et la traversée dans l’espace se rappellent à l’histoire, mais cela ne dure jamais bien longtemps. L’intrigue sur les « fantômes » prend rapidement et se trouve liée à celle de la mère morte de l’héroïne. Le lecteur joue le jeu, mais, comme le reste, elles s’éteignent d’elles-mêmes, tombent à l’eau sans explication satisfaisante. Le roman constitue une montagne russe dans laquelle les secousses et la vétusté ne nous donnent pas envie de rester, malgré des sensations agréables qui nous parcourent par moment.

L’incivilité des fantômes aurait mérité une construction peut-être plus linéaire pour que l’on puisse suivre, et surtout des personnages émotifs, qui touchent nos cœurs. L’univers morne et froid aurait questionné davantage, comme ceux des dystopies à la mode, si l’intrigue ne partait pas dans tous les sens, nous amenant à nous questionner à longueur de temps sur des sujets sans intérêt.

Un roman sans doute trop métaphorique, alambiqué et perché pour plaire à tous les fans de science-fiction et d’intrigues survoltées. La lutte contre le système n’a jamais été aussi ennuyante.