Traversées, récit d’une marcheuse solitaire

Je vous retrouve pour notre rendez-vous du lundi : que lisez-vous ? Je viendrai visiter vos blogs 😉 comme une randonnée virtuelle. Mais comme vous le savez, j’aime marcher et je fais chaque jour quelques kilomètres sur les chemins de ma région. J’ai le projet d’une randonnée au long court avec les chevaux et le chien en totale autonomie et c’est un peu dans cet esprit que je vous présente

“Traversées, récit d’une marcheuse solitaire” de Catherine O’Henry

"Traversées, récit d'une marcheuse solitaire" de Catherine O'Henry

L’auteur en quelques lignes

Catherine O’ Henry est partie marcher 1300 kilomètres à travers la France en solitaire plus de deux mois du 21 août au 28 octobre 2019 de Douarnenez (Bretagne) à Égliseneuve-d’Entraigues (Auvergne). Une décision impérieuse s’impose à sa retraite ; pour elle, la marche est un Art au même titre que la peinture, la danse ou le qi gong qu’elle pratique depuis longtemps. Randonneuse passionnée, elle vous raconte son périple avec sensibilité, bravant ses doutes et ses peurs autant physiques que psychologiques, exprimant sa joie pure de marcher sur les sentiers en femme libre. Son récit est sublimé par des citations d’auteurs, romanciers et poètes marcheurs, décrivant avec majesté leurs impressions de chemineaux

Le livre en bref

  • Éditeur ‏ : ‎ Echo Editions (19 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 166 pages

Normande d’origine, Catherine O’ Henry découvre la marche en Chartreuse à 18 ans. Enfant, elle aimait le mouvement et l’art, fille rêveuse et hyper active. Son métier est à la croisée des chemins : sportifs, thérapeutiques et artistiques. Elle termine sa mission de thérapeute à l’hôpital de jour pour femmes de Sainte Marthe à Marseille où elle prodigue des soins dans des ateliers d’art thérapie, de danse thérapie et de qi gong. A la Ciotat elle crée avec son compagnon et sa fille l’association Cré art qi en 2015 : un espace galerie et un lieu d’ateliers culturels dans un local, anciennement une librairie en plein cœur de la vieille ville. Depuis sa retraite en juin 2019, elle n’a qu’une envie, marcher, marcher et marcher encore. Elle décide de cheminer seule pendant de longues distances à travers la France, un challenge personnel. Pendant le confinement, elle se met à écrire son expérience de marche, voyage immobile mais en même temps quelles traversées de son existence avec sa plume ! La Covid l’a bloquée dans son élan mais elle poursuivra sa route de cheminaude coûte que coûte dès que le danger de ce fameux virus s’éloignera.

Introduction

Catherine s’interroge sur sa capacité à intéresser son lecteur dans le prologue mais elle exprime surtout son souhait de nous inviter à la marche en solitaire, surtout pour nous, les femmes. J’ai lu ce livre en version numérique : dommage. L’auteur a semé quelques photos et la version numérique ne les met pas du tout en valeur. Ce travail d’écriture est une mémoire où les mots ne s’imposent pas si facilement que les sentiers, même avec beaucoup de dénivelé.

“Je vais tenter de me déprogrammer pour vivre à mon propre rythme dans mes besoin fondamentaux et suivre enfin un possible rêve; marcher, seulement marcher, avancer, mettre un pied devant l’autre, dans les pas de mes ancêtres bipèdes. Je veux cheminer seule, autonome, libre de mes choix, en harmonie avec mes rythmes internes.”

Elle découvre la marche, la montagne et le paysage fabuleux grâce à son beau-frère, chevronné montagnard. Elle avait 18 ans et malgré la difficulté, ce fut la révélation d’une passion pour la marche, la nature qui deviendra son seul loisir de vacances.

De la Normandie à la montagne

L’auteur nous parle un peu de son enfance en Normandie, toujours dehors pour sauter, courir et en perpétuel mouvement. Elle fait d’ailleurs de constat :

“A contrario, la vie d’un enfant d’aujourd’hui paraît totalement sous contrôle : parents, éducateurs, médias, wifi, satellites, téléphone portable, réseaux sociaux… L’enfant est canalisé dans des activités dirigées, réglées à heures fixes pour s’épanouir ! Pendant ma randonnée, aucun enfant ne jouait dans la rue, même dans le plus petit hameau ! Connexion oblige ! L’enfant du 21e siècle est un voyageur immobile !”

Cependant, Catherine cherchera des gîtes pour le soir… Elle partira sur des chemins balisés avec une carte et des adresses de gîtes. Elle utilise les topo-guides de la fédération Française de randonnée Pédestre. Bien avant sa retraite, elle a déjà fait de longues randonnées, parfois pour réfléchir et se remonter le moral.

La peur et le doute

Elle décide de marcher en France par amour de son pays.

“Qu’est ce qui freine nos envies et nos désirs profonds ? La peur, le manque de confiance en soi, le saut dans l’inconnu, la dépendance ?”

A l’approche de la retraite, son corps s’affaiblit et une sciatique repousse ses projets de marcheuse. Et puis le doute s’installe : pourra-t-elle tout bazarder pour partir avec son sac sur le dos ? Il y a aussi la peur d’une attaque humaine qui la décide finalement à éviter le bivouac. J’ai découvert l’engagement de l’auteur qui comprend que la terre souffre. Elle accumule les petits gestes pour limiter son impact… Elle partage aussi ses lectures, ses rêves et les récits qu’elle dévore. Finalement, son sac à dos deviendra son ami fidèle avec confort et sécurité.

Elle sait choisir un équipement de qualité, pratique et adapté aux humeurs de la météo. Le discours féministe prend quelques pages que je vous laisse découvrir.

Le voyage – Pas si solitaire

La randonnée commence à Douarnenez où l’auteur retrouve sa fille. Les premiers kilomètres sont douloureux mais le paysage est magnifique. Vous découvrirez la Bretagne avec le regard de cette marcheuse qui s’arrête sur une part d’histoire, une plage et quelques anecdotes.

Mais le soir, elle se loge en gîte et rencontre d’autres randonneurs (pas beaucoup) et la population locale. La solitude est rompue par les soirées parfois festives et une pause pour refaire sa couleur de cheveux…

Vous découvrirez son périple sur le GR3, 193km du 9 au 19 septembre 2019, ses lectures et des références culturelles qui enchantent ce récit.

La grisaille du mois de septembre

Tout bon randonneur qui se respecte a, dans son sac, les vêtements de pluie, mais l’humidité est notre ennemie. Les pluies de septembre sont angoissantes et obligent une pause imprévue. Dans nos contrées, la chasse est ouverte et Catherine O’ Henry nous écrit “je n’aime pas les chasseurs”… Pourtant :

“Ah, la magie de la randonnée : les petits malheurs s’estompent comme neige au soleil : la saveur de l’instant, un abri chauffé, confortable, un repas chaud, un bon bol de tisane et le sourire égaye mon visage tout fripé par des kilomètres encapuchonnés sous un ciel chargé d’eau noire. Alfred Hitchcock se serait probablement exclamé : “La vie ce n’est pas seulement respirer, c’est aussi avoir le souffle coupé !”

Le mois d’octobre, la grisaille, les chiens de ferme… la fatigue se sent dans le récit, ou peut-être un ras le bol qui rend les chiens plus problématiques que la mort par épuisement dans les forêts. Heureusement, les belles rencontres allègent l’humeur. Les nerfs s’épuisent à force de marcher sous la pluie à regarder les chaussures.

Pourquoi je marche ?

“Oui, cheminer longtemps est une expérience unique, une rencontre avec soi-même, dans les entrailles de ses obscures profondeurs.”

Malgré le temps et les chiens, Catherine décide d’aller jusqu’au bout : orgueilleuse et obstinée. Marche, lecture, découverte de la culture des petits villages de France, la poésie.

Mais en cette fin de récit, trop de jugements sur les pratiques locales qui sont devenues lourdes de répétitions. La réflexion sur la psychiatrie est isolée dans les pensées brouillées par la fatigue. Le lecteur est cependant invité à regarder autour de lui, sur les bords de chemins, les plages, et les fossés des routes où les détritus sont légions.

Ce récit s’achève le samedi 25 avril 2020 dans une France confinée…

Ma lecture et quelques réflexions

J’ai adhéré immédiatement au texte dans lequel je me suis reconnue. La marche, que ce soit pour quelques heures, une journée ou une semaine : c’est ma vie. J’ai la chance de pouvoir découvrir la nature dans le cadre de mon activité professionnelle alors je peux comprendre que Catherine profite de sa retraite pour enfin réaliser ce parcours.

Aujourd’hui, l’hyper connexion ne laisse pas beaucoup de place à l’activité physique, c’est bien dommage. Notre corps est fait pour bouger.

“Je suis de ceux qui résistent au dictât de l’économie de marché et à la surproduction qui sèchent et appauvrissent notre planète. Nos ancêtres préhistoriques étaient nomades, marcher était leur seule possibilité de déplacement pour survivre, à la recherche des territoires les plus accueillants.”

J’ai été amusée par toutes les précautions, les conseils nutritionnels. Pourtant, personne ne s’est jamais arrêté sur mon statut de randonneuse solitaire. Au cours de ma lecture, j’ai finalement douté d’être réellement une femme… Pourtant, le regard des hommes existe mais je dois leur faire peur 😀 En fait, je m’en fiche totalement. J’ai beaucoup à dire sur le viol et généralement, l’agresseur est connu. Les bandits de grand chemin sont plus rares.

J’ai pourtant 10 ans de moins que Catherine O’ Henry mais probablement un vécu bien différent.

Autant j’étais à fond dans mon début de lecture, autant le récit devient peu à peu lourd de jugements non fondés et d’absence totale de remise en question. Je découvre finalement que Catherine O’ Henry utilise un téléphone portable pour recevoir les cartes envoyées par son conjoint (c’est en désaccord avec ce qu’elle exprime en début d’ouvrage); longues diatribes contre la chasse (les chasseurs) et je me suis demandée s’il s’agissait d’un règlement de compte… et les chiens.

Ne vous méprenez pas, je suis végétarienne depuis toujours et je ne vais pas à la chasse. Mais je marche aussi les jours où les chasseurs sont de sortie, avec mes chevaux souvent. Je me signale et il est fréquent qu’on me propose d’arrêter la battue le temps que je passe. Je m’abstiens donc de juger, je respecte.

La randonnée au long cours est courageuse mais pour une habituée (qui en plus, n’aime pas les chasseurs), les dates de cette randonnée sont étranges. En période plus estivale, la météo est plus sympa et les chasseurs absents.

Enfin les étapes m’ont filée la nausée : de la bière, encore de la bière. Et bien sûr, une randonnée solitaire se passe des gîtes au bénéfice d’une tente de bivouac et de repas déshydratés.

Je recommande ce livre

 

 
 
 
 
 
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A tous : marcher fait beaucoup de bien et cette aventure peut vous engager dans une randonnée. Même avec des gîtes, un téléphone et de la bière; il est préférable de marcher, de lire, de faire des rencontres humaines.

La marche est un anti dépresseur naturel sans contre indication : écoutez-vous, tout simplement. Ne dépassez pas vos limites, ne jeûnez surtout pas, hydratez vous et prenez plaisir à découvrir les sentiers de notre beau pays.

Je remercie Écho Édition pour ce service presse et je souhaite encore de longues marches à Catherine O’ Henry.

 

Je vous souhaite une belle semaine à tous

Author: Angelique

BuJo - Chevaux - Photos
Je suis une dévoreuse de livres et une grande utilisatrice du Bullet Journal.
J'aime la nature, le soleil et le bleu azur du ciel de ma région d'adoption.

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3 thoughts on “Traversées, récit d’une marcheuse solitaire

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